Approche Centrée sur la Personne : quèsaco ?

Carl Rogers inventeur de l'Approche Centrée sur la Personne

13 décembre 2019

Approche Centrée sur la Personne : quèsaco ?

J’ai connu, comme tout un chacun, des moments douloureux dans ma vie.  A l’occasion d’un de ces passages, il m’est apparu assez clairement que j’étais déconnecté de la part la plus profonde de moi et, par voie de conséquence, de ce qui me reliait à plus Grand que moi.  A force d’avoir cherché à blinder mon corps, en lien à mon histoire personnelle, et à fuir les parts de moi que je n’aimais pas, je m’étais progressivement déconnecté de ma sensibilité.  C’est en lisant un livre de Carl Rogers que beaucoup de choses se sont éclairées. C’est ce qui m’a décidé à suivre la formation de praticien dans l’Approche Centrée sur la Personne (ACP). Je peux dire qu’elle a transformé ma pratique de l’accompagnement et de la formation de coachs. J’ai aujourd’hui à cœur de partager mon expérience.

Chacun est libre et capable de réaliser en acte ce qu’il est en puissance

Ce qui fait la particularité essentielle de l’approche centrée sur la personne, par rapport à d’autres méthodes de psychothérapie, c’est un accueil inconditionnel de toute la personne et une volonté de l’amener à développer tout ce qu’elle est en puissance, sans chercher à l’influencer d’aucune manière. Il s’agit d’une approche non directive et horizontale, plutôt que verticale. Elle n’implique pas de relation thérapeute-patient dans laquelle le sachant détiendrait la clé des problèmes du demandant ; elle met en place les conditions d’un dialogue empathique où le client est doucement amené à faire ses choix lui-même et à se reconnecter à tout son être, sous le regard bienveillant du « thérapeute ». Il s’agit d’une méthode pleinement humaniste en ce qu’elle considère la personne dans sa globalité et sans jugement a priori, et partiellement existentialiste, dans le sens où elle part du principe que chacun est libre et capable de réaliser en acte ce qu’il est en puissance.

L’Approche Centrée sur la Personne est une manière d’être

Pour Carl Rogers, la non directivité n’est pas la caractéristique essentielle de l’ACP, car ce qui compte dans cette pratique n’est pas l’absence de directives mais l’attitude du thérapeute vis-à-vis du client. L’approche n’est donc pas tant une manière de faire qu’une manière d’être.

C’est ainsi qu’il a désigné les trois attitudes fondamentales du thérapeute permettant de faciliter le processus de croissance de son client : la compréhension empathique, la congruence et le regard positif inconditionnel.

Le thérapeute doit d’abord être pleinement à l’écoute de la personne, libéré de tout préjugé. Pour cela il doit chercher, par sa posture et son écoute active, à comprendre véritablement le monde intérieur de l’autre, quel qu’il soit.

La congruence, que l’on peut ici définir comme la cohérence entre la conscience de soi et ce qui est exprimé, lui permet de prendre conscience du flux des sentiments et des émotions qui le traversent et de se présenter à l’autre, non avec le masque froid d’un expert, mais avec le visage ouvert d’une personne vraie, elle aussi traversée par des émotions et des sentiments.

Enfin, le regard positif inconditionnel qu’il porte sur l’autre est un regard pleinement respectueux et non jugeant. Il ne porte pas sur les mots ou les actes mais sur la personne, et s’appuie sur une confiance profonde en sa capacité d’autoréalisation, indépendamment de ce qu’elle (se) montre dans l’instant.

L’Approche Centrée sur la Personne est fondamentalement positive

Le thérapeute ACP est un sourcier

Le thérapeute peut être comparé au sourcier, qui ne crée par l’eau qui est déjà là, agissante bien que cachée ou enfouie, mais lui permet de remonter à la surface jusqu’à sourdre lentement puis jaillir. Il ne fait qu’offrir « un certain climat définissable fait d’attitudes psychologiques facilitatrices », comme l’écrivait Rogers, afin que l’individu mette en œuvre les vastes ressources dont il dispose pour lui permettre « de se comprendre lui-même, de modifier la représentation qu’il a de lui-même et partant, ses attitudes et le comportement qu’il se dicte à lui-même. »

L’Approche Centrée sur la Personne est fondamentalement positive, reposant sur cette conviction que l’homme est par essence un organisme digne de confiance et qu’il est capable de réaliser toutes ses possibilités intrinsèques. Comme la graine, il porte en lui la potentialité de la plante dont il suffit de créer les conditions favorables pour qu’elle germe et s’épanouisse.

Aussi n’est-il nullement question de névrose, mais de processus de développement interrompu

Vers le changement

L’objectif est donc, une fois créé le climat particulier empreint d’empathie, de respect, de chaleur humaine, d’acceptation, de non jugement et de considération positive, d’accompagner l’individu au changement. Si les conditions sont réunies, le client pourra explorer progressivement son expérience comme elle se présente, sans la déformation due aux filtres percepteurs défensifs. Il pourra alors modifier peu à peu l’image qu’il a de lui-même. Acquérant une plus grande conscience de lui, il développera progressivement une plus grande conscience de ses émotions, de ses sentiments, de ses pensées, de ses besoins et de ses réactions – donc une plus grande liberté, la première condition de la liberté étant, selon moi, l’acceptation de soi.

Aussi n’est-il nullement question de névrose, mais de processus de développement interrompu, comme si la graine qui s’est développée avait été soumise à des conditions défavorables ou qu’elle ait cherché à se protéger, ne pouvant alors exprimer toute sa potentialité.

L’individu qui souffre est considéré comme une personne dissociée, en conflit entre des croyances figées, souvent introjectées – c’est à dire venant de l’extérieur, et une tendance non consciente qui le pousse à la réalisation de soi. Or, la définition de l’individu (in-divis) est d’être rassemblé, réuni et non divisé. La finalité de l’Approche Centrée sur la Personne est par conséquent de l’amener à prendre conscience de ses conditionnements et s’en désaliéner, afin de renouer avec son processus de croissance originel.

Vers une relation consciente à l’autre et au monde

L’entreprise n’est nullement le lieu de la thérapie et un leader d’équipe n’est pas un thérapeute, d’autant qu’il est lui-même soumis à des objectifs de résultat. Mais les fondamentaux de l’ACP demeurent des bases d’une grande pertinence, en terme de posture managériale, pour toute organisation désireuse de réunifier l’humain et le résultat, dans une recherche de performance qui s’appuie pleinement sur l’immense potentiel humain.

Le monde change, les comportements des générations aussi, le moment est venu d’abandonner radicalement les modes de management inspirés des principes Tayloriens pour entrer dans une relation de travail constructive et vitalisante.

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