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Donner du sens à son travail : à quel prix ?

Une étude commandée par le groupe Randstad démontre qu’un Français sur cinq a le désagréable sentiment d’occuper un « bullshit job ». Autrement dit, un « boulot à la con », qui ne le mène à pas grand-chose, sinon gagner de quoi vivre. Cette étude révèle deux choses intéressantes. La première, que les Français veulent que leur travail ait du sens ; la deuxième, qu’ils aiment avant tout la sécurité de l’emploi.

Un article du Figaro analyse bien le paradoxe français. Nous voulons un travail intéressant et utile ; un travail qui ait du sens, mais pas à n’importe quel prix !

Arrêtons-nous à cette première donnée. Les Français veulent que leur travail ait du sens. Un certain nombre d’études et d’articles récemment parus le disent : on ne veut plus d’un travail insensé. Si la RSE (responsabilité sociale des entreprises) est en vogue, c’est parce qu’elle est une politique d’entreprise qui propose de redonner du sens à ce qui n’en avait plus.

Les jeunes générations en ont notamment un immense besoin. La jeunesse qui arrive sur le marché du travail, ou qui va y arriver dans les années à venir, ne tient pas à s’en laisser conter.

Elle veut avant tout mener un travail utile, intelligent et qui aille dans le sens d’un mieux-être commun et sociétal. Nous voyons ce phénomène arriver : la jeunesse s’identifie moins à une entité ou une marque qu’à une tribu, ou un groupe humain. A moins que la marque se démarque par son engagement social, environnemental, solidaire. La jeunesse a besoin de valeurs.

 

Vers une fuite des talents ?

 

La conséquence directe de tout cela, est la grande difficulté qu’éprouvent les entreprises à conserver leurs talents, en l’absence de sens à donner à leurs emplois. Des années durant, à la faveur de crises économiques et d’un contexte social difficile, les employés ont accepté de sacrifier le sens de leur travail pour gagner leur vie.

Aujourd’hui, de plus en plus de salariés jeunes et moins jeunes osent se lancer dans l’entrepreneuriat, guidés par la réussite de certains pionniers. Les start-ups fleurissent et les créations de microentreprises explosent (plus de deux sur cinq en 2018). La volonté d’être « son propre patron » n’est probablement pas une fin en soi, mais sans doute davantage une manière de redonner du sens à son travail, donc à sa vie.

 

« Pour plus de deux Français sur dix (23%), le salut passe par la création de sa propre activité »

 

L’étude menée par le cabinet Randstad le prouve : les Français ne restent pas bras ballants face à ce qu’ils considèrent comme un « bullshit job ». Ils ont la capacité de se remettre en question et, pour certains, de se lancer dans autre chose. « Pour plus de deux Français sur dix (23%), le salut passe par la création de sa propre activité », note Quentin Périnel dans Le Figaro.

Et généralement, ce sont les plus doués, les plus entreprenants, les plus talentueux qui se lancent dans l’aventure.

 

Ou vers une baisse de la compétitivité ?

 

Pour ceux qui n’auraient pas le courage, l’opportunité ou les compétences nécessaires pour créer leur entreprise, c’est d’un moindre engagement qu’ils répondront à l’absence de sens de leur travail. In fine, la compétitivité de l’entreprise peut largement y perdre. Les principaux motifs de frustration au travail sont les suivants :

– Se sentir pion entre les mains d’un supérieur qui se fait valoir grâce au travail de ses collaborateurs.
– Etre utilisé comme « démineur » pour faire le « sale boulot », pour un supérieur velléitaire dans la prise de responsabilités et avec le sentiment de ne pas être récompensé à la hauteur de l’investissement.
– Avoir la sensation de faire un job inutile, qui sert davantage la structure que les clients et/ou les salariés.
– Subir la pression d’un chef qui se comporte en petit chef.

A tout cela, il convient de remédier en redonnant aux collaborateurs :

– Du sens.
– De l’autonomie (donner des missions et laisser choisir la manière de les réaliser. Les salariés ont de plus en plus besoin de conserver un pouvoir de contrôle sur leurs actions).
– Un pouvoir de mobilité interne (découvrir de nouveaux métiers, accès aux formations).
– De l’initiative et la capacité de développer des projets internes (esprit d’entrepreneuriat).

 

Ils demandent une chose légitime : un travail intéressant, dans des conditions décentes

 

Les Français sont attachés à leur modèle social

 

Toutefois, le paradoxe apparent est qu’une majorité des actifs français n’est pas prête à perdre la sécurité de l’emploi ou à recevoir un salaire moindre, pour un travail qui ait du sens. Voudraient-ils alors le beurre et l’argent du beurre ? Non, ils demandent une chose légitime : un travail intéressant, dans des conditions décentes. Le modèle social français est encore largement plébiscité. « Seuls 28% des sondés sont prêts à renoncer à la sécurité de l’emploi et un quart à accepter des conditions de travail moins favorables », lit-on dans Le Figaro.

Et les résultats de l’enquête menée par Randstad démontrent que ce que les salariés français sont le moins prêts à sacrifier, ce sont les compensations financières et la protection sociale. « Ils ne sont que 22 % à être prêts à accepter une couverture sociale (santé, chômage, retraite) plus faible et 20 % à envisager de diminuer leur salaire pour retrouver un emploi perçu comme utile. »

Il me semble toutefois probable que la tendance à une prise de risque, en dépit d’un manque de sécurité, évolue à la hausse, dans les prochaines années.

Pour renouer avec une société française apaisée, il convient donc de réconcilier sens au travail et rémunération correcte. Une question de bon sens, finalement.

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